Ma belle Mathilde, puisque te v’laaaaaa (Dixit JB)

Classé dans : Ex Blog yadescailloux | 1
Ah !! Les choses sérieuses commencent enfin ! Je suis donc Julien mon maïeuticien jusqu’à ma salle de naissance. C’est drôle tout de même qu’encore une fois les mots savants soient réservés à ces messieurs et que l’on dise plus volontiers pour leurs consœurs « sage-femme » que « maïeuticienne ». Elles aussi maitrisent l’art d’accoucher pourtant.
Bref ! Quoiqu’il en soit, pendant que je m’installe sur la table d’accouchement, Sébastien traverse le « couloir des papas » pour enfiler sur-blouse et sur-chaussures bleues de rigueur. Ce qui lui confère fière allure. Jugez plutôt.

Cathéter, brassard à tension, monitoring, saturomètre; me voilà enchainée à la table de naissance, impossible de m’enfuir. Sébastien aussi prépare ses derniers branchements: vérification des batteries (appareil photo, portables), enceinte audio raccordée au secteur, Ipod branché dessus pour diffuser un peu de musique. De quoi détendre l’atmosphère, aider la future jeune accouchée à se relaxer et focaliser son attention sur autre chose que les contractions. Et il va falloir en mettre de la musique pour détendre tout cela, vu comme les choses s’annoncent. La rupture artificielle de la poche des eaux annonce la couleur : marron ! Le liquide est méconial (la petite trempe dans son caca, quoi !) donc à risque septique (pas qui doute, mais plein de germes… comme la fosse) et on va surement éviter de laisser la petite trop mijoter dedans. En effet. Renseignements pris par Julien (le sage-homme) auprès de ma Gynéco : le bébé doit être sorti dans les 2 prochaines heures !

2 h ?!! Génial !…. J’ai atteint péniblement 5 cm de dilatation en 21h et je dois parcourir les 5 derniers en moins de 2h !! Les contractions ont intérêt à devenir plus efficaces, vraiment plus efficaces, maintenant, il le faut, vraiment !! Car, au vu du contexte, si le travail ne se décide pas à s’accélérer, la décision ultime qui pourrait risquer de s’imposer pour faire sortir ce bébé est… la césarienne. Et je préfèrerais nettement éviter cette solution.
Pour l’instant, je me cramponne à mon idée d’accouchement naturel sans péridurale. Mais mes certitudes s’ébranlent peu à peu. Je garde tout au fond de moi ce joker au cas où l’extraction nécessiterait des manœuvres, type forceps, cuillères, épisiotomie, voir césarienne code rouge ! Je préfère envisager les pires scénarios pour mieux m’y préparer. Restons lucide donc.
Pour accélérer à coup sûr la dilatation, une perfusion d’ocytocine m’est posée. Vous savez cette hormone synthétisée naturellement par le corps pour favoriser les contractions utérines. On en avait parlé dans le billet « Débriefing médical à J+4 ». C’était la fameuse solution que je voulais éviter pour ne pas trop douiller. Ben, nous y voilà !!….

Pour l’instant, mon désir d’intensification des contractions va en fait enfin se réaliser. Pour mon plus grand bonheur !….. ou pas !! Les contractions sont devenues tellement intenses que toutes les précédentes me paraissent totalement dérisoires. Regardez la courbe du monitoring sur la photo ci dessus et comparez la avec celle des monitoring des posts précédents. Maintenant elles sont régulières (toutes les 1-2 min !!) et in-tennnses; leur force dépasse quasiment le maximum des graduations, 120 pour un état basal de l’utérus à 5 et des contractions moyennes initiales à 40-50. Mais les plus intenses ne sont pas les pires; les plus fourbes vous font croire qu’elles se finissent, avant de repartiiiiiiir de plus belle. Difficile de bien respirer dans ces conditions. Heureusement
que Wolfgang est là !! Et mon chéri aussi !! Quelques divers morceaux de Mozart pour se détendre; la voix du chéri pour guider l’évolution des contractions, et sa main pour évacuer la pressiiiion. Et tous ses mots de réconfort pour m’encourager. Je ne sais combien de temps j’aurais tenu sinon. Merci sincèrement mon cœur d’avoir été là tout du long. L’accompagnement par votre proche dans ces moments difficiles est extrêmement importante.

12h40. Ça doit faire presque 1h30 que la poche des eaux a été rompue, 1h30 d’efforts de concentration, 1h30 de tentatives de respiration,1h30 de broiement de main de chéri, 1h30 qui paraissent une éternité. On en est où maintenant de la dilatation ? Mon dieu, j’ai l’impression d’avoir envie de pousser. Et si la dilatation était maximale et que le bébé était sur le point de sortir ? Faut il que je pousse ?! Et si le col n’est pas totalement dilaté et que je pousse, je risque de tout déchirer ! Mais mon dieu que j’ai envie de pousser. Mais il faut qu’il sorte ce bébé. J’ai peur pour moi, pour elle. Que faut il que je fasse ?!! Je sonne Julien à la rescousse. « On en est où maintenant, j’ai l’impression qu’il est là. Qu’il faut que je pousse. J’ai comme une envie d’aller à la selle. Aidez moi !! »
Plus de 8 cm de dilatation. Passer de 5 cm à 8 cm en à peine 1h30. Chapeau ! Je n’ose imaginer combien de temps il me reste. « 1h30 jusqu’à la délivrance, ou plutôt 1h ». Encore 1h30 ?!! Ces mêmes 1h30 ?! je sens que je ne vais jamais tenir. L’épuisement est tel qu’il me semble me réendormir entre chaque contraction. Ma crainte est de ne plus avoir assez de force pour la poussée et que celle ci se complique et nécessite des manœuvres ou une épisiotomie. Je patiente encore quelques contractions et finalement, vu tout le contexte, je préfère jouer la carte de la sécurité. Tant pis pour l’accouchement naturel. Je craque. Je demande la péridurale !

L’anesthésiste arrive dans les 5 min qui suivent. « Ça fait longtemps qu’elle est en salle cette petite dame ? » « 1h30 mais elle en est déjà à 8 cm de dilatation » l’informe Julien. Un p’tit coup d’oeil au profil des contractions sur le monitoring. Je crois qu’il a compris.
Champ stérile, trocard, seringue, aiguille, pousse seringue, anesthésique local. Tout est en place.
« Alors, vous installez vos fesses au bord de la table, vous vous penchez en avant, faites le dos rond, détendez les épaules et ne bougez plus. Je vous préviens quand je pique. Ne bougez plus ! ». Il est mignon lui ! Il a déjà essayé de respirer la cage thoracique comprimée en plein milieu d’une contraction ? Et je peux pas me plier plus en deux, j’suis un peu gênée au niveau du ventre par un truc qui bouge en plus à l’intérieur, si vous voyez ce que je veux dire….
Du coup Julien m’aide à mieux dégager mon dos pour la seconde tentative, m’appuie fortement sur les épaules pour libérer l’espace épidural (entre les vertèbres). Et hop ! Expiration et … piqure. Même pas mal ! C’est sûr que par rapport à la douleur de la contraction celle de l’anesthésie est négligeable. La rapidité de l’efficacité de la péridurale est fulgurante. En 2-3 min je ne ressens plus rien. Juste des grosses paresthésies dans les jambes et sur les fesses. C’est rigolo d’ailleurs de sentir des gros picotements à ce niveau là… Sébastien me pince la peau pour évaluer ce que je ressens encore. Tu pinces là ?! Je sens rien ..!! Aiiie … ha oui quand tu pinces sur le bras, là ça fait mal! Il a du mettre la dose l’anesth’ !! Plus aucune douleur. J’en profite pour me reposer.

1/2 h plus tard, dilatation maximale. L’heure de la poussée ! La dernière ligne droite. Enfin !! Les renforts arrivent : ma Gynéco, Julien le maïeuticien, l’auxiliaire de puériculture. Je me laisse guider par leurs indications vu que la péridurale m’empêche d’anticiper les contractions. J’inspire, je bloque ma respiration, je focalise sur mon périnée, sur ce bébé que je veux faire sortir, et je pousse, je pousse, je pousssse. Julien commence à m’expliquer comment pousser mais s’arrête vite devant l’efficacité constatée de ma poussée (« Inspirez, commencez à souffler, bloquez … bon ba au final faite comme vous voulez vu que vous poussez bien »). Le bébé descend, ça s’annonce bien. Ouf ! Jusqu’à ce qu’il ne veuille plus descendre. Non non non. C’est pas le moment de se faire attendre et jouer les timides. La Gynéco tente la ventouse, mais malgré cela la tête ne veut pas venir. Le monitoring n’engage rien de bond. Le rythme cardiaque fœtal décélère à chaque contraction. Il faut accélérer les choses. La tension est palpable dans la pièce. »La tête doit être trop grosse. je vais mettre les forceps. Il va falloir aussi que je réalise une épisiotomie ».

Tout ce que vous voulez mais faites moi sortir ce bébé de là !! Enfin, merci quand même de prévenir. Moi je pousse au maximum de tout ce que j’ai. Mais que fait Julien en appui sur mon ventre ?! Il appuie fortement dessus de tout son poids. L’auxiliaire de puériculture est elle prête à dégainer l’aspiration pour les sécrétions dès la sortie de la tête et empêcher le bébé d’avaler du liquide amniotique méconial. Sébastien est debout à mes côtés. La Gynéco s’affaire avec ses ciseaux. Moi je pousse. Et, du cube à enceinte les accords de « El cuarto de Tula » de Buena Vista Social Club s’enchainent à ceux de « Amor de loca juventud ». La scène a vraiment quelque chose de surréaliste. 
Et enfin la tête apparait ! Aspiration à la vulve. Dégagement des épaules et tout le reste du corps suit; j’ai l’impression de le sentir glisser de mon vagin vers l’exterieur. Instinctivement mes yeux se portent sur mon ventre qui, vidé, s’est instantanément dégonflé comme une vieille baudruche. Surréaliste ! Encore plus surréaliste quand le bébé est posé en peau à peau sur ce ventre ramolli qui l’instant d’avant était pleine de lui.

Enfin tu es là ! Notre petite Mathilde. Enfin je te sers dans mes bras, te presse contre ma peau, te caresse, te regarde. L’équipe médicale s’assure rapidement que tout aille bien pour toi – Apgar 9-10-10; 3,420 kg. Ma Gynéco recoud mon épisio avec un surgé aux p’tits oignons, un vrai travail d’orfèvre. Et tout le monde se retire de la pièce, pudiquement, laissant les jeunes parents tout étourdis faire connaissance avec la nouvelle venue.

One Response

  1. Anonymous

    Très joliment raconté, super !