BINGO !

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Vendredi soir nous avons assisté et participé (!!) à notre premier bingo. Véritable institution en Nouvelle Calédonie, ce jeu de hasard connait de nombreux adeptes, quasi-exclusivement des femmes. Elles y jouent sur le seuil des maisons communes ou à la fin des marchés, assises sur des nattes, pariant quelques centaines de CFP.
Régulièrement chaque école de la commune organise son bingo un vendredi soir, de 17h à 22h (comprenez plutôt 18h à 23h30 voir minuit). La dernière cession nous avait laissé sur notre faim car nous n’avions jamais trouvé l’école de Nékoué. Il faut bien dire aussi que de nuit le petit chemin de terre qui mène à cette école ressemble depuis la grand route étrangement aux divers entrées des maisons alentours. Il ne nous avait alors pas paru judicieux d’essayer toutes les possibilités au risque de se faire très mal recevoir par un autochtone.
Mais cette fois-ci c’est différent car Wani, l’école organisatrice, est la plus grande de la commune et est située en plein sur la grand route. Ci dessous quelques photos de la-dite école de nuit.

A peine Mathilde est elle descendue de la voiture qu’elle se fait interpeller de toutes parts « Mathiiilde ! Mathilde !! »  Et hop, en deux secondes, la crevette a disparu au milieu d’une ribambelle de gamins surexcités. Heureusement, la cour de récréation de l’école est grande et ne manque pas d’animations : toboggan, cage à singes, tourniquet, bac à sable… et pour les plus grands terrain de foot / basket.

Une petite buvette est installée. Une cuisine s’est improvisée dans une salle de classe où sont préparées quantités de frites et saucisses. Un peu plus loin, un ancien fut d’huile en métal bricolé, rafistolé, sert de barbecue pour cuire les incontournables brochettes de cerf et de poulet. Ah quelle fournaise à ses côtés ! Mais cette chaleur est bien venue devant la fraîcheur grandissante de la soirée. Et oui ! Même sous les Tropiques, les nuits d’hiver peuvent être froides. Oui, j’ai bien dit « froides » ! L’autre matin, le thermomètre annonçait 8° au niveau de l’embouchure de la Houailou. Alors, on comprend qu’au fin fond de la vallée, quand la brume engloutit les montagnes, les villageois des tribus multiplient les épaisseurs pour dormir dans leurs cabanes de tôle. De toute façon, même dans les maisons en dur il y fait frais car elles sont plus conçues pour la circulation d’air que pour garder la chaleur, et à ces latitudes le radiateur (de maison) est rare, voir inexistant. D’où notre investissement dans une bonne couette et nos sorties nocturnes en jean-basket-polaire.

Pour accompagner ce casse-croûte gastronomique rien ne vaut une bonne bouteille de Mont-Dore. Oh non non vilains alcooliques ! La Mont-Dore n’est pas un petit vin blanc de pays mais l’Evian ou la Volvic locale. La source coule dans la commune de Mont-Dore (ça ne s’invente pas), située au sud de Nouméa. Comme nous n’étions arrivés pas trop tard, il restait encore de l’eau minérale et nous avons fort heureusement pu échapper aux comparses Oro et Tulem, produits locaux eux aussi mais grands pourvoyeurs de caries dentaires et d’obésité infantile. Jamais soda n’a contenu autant de sucres. Commercialisés par la société Le Froid, ces deux sodas contiennent encore plus de sucres que les Coca, Fanta, Schweppes et Orangina (produits eux aussi par la même société) qui comptabilisent déjà pourtant des excédents de teneurs en sucres respectivement de +2,67%, +34,5%, +0,84% et +5,34% par rapport aux mêmes marques de l’Hexagone. Vous trouverez des spécimens sur les photos au niveau des tables de la buvette. Un Tulem contient quant à lui 13,5 g de sucres pour 100 ml soit une excédent de 40% environ !!

http://www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r3767.asp
http://www.franceguyane.fr/complements/2013/03/29/156827_152534_etude-sodas-et-yaourts.pdf

Les enfants prennent très tôt l’habitude de boire ces boissons à tout bout de champ, lors de petites festivités comme le bingo, la fête de l’école, le concours de pêche, etc. mais aussi dès la sortie de l’école et même dans la cour de récréation. Ces enfants développent alors très tôt une appétence spéciale pour le sucre, qui se renforce progressivement, les incitant encore et encore à réclamer à leurs parents ce genre de produit.

Le sucre favorise bien sur la carie dentaire et le conditionnement en petite bouteille avec bouchon tétine fait malheureusement le lit du terrible « syndrome du biberon d’eau sucrée ». En aspirant via la tétine de la bouteille une bonne goulée de soda bien sucrée, l’enfant inonde ses incisives supérieures (surtout mais les autres aussi) d’une quantité bien concentrée de sucre. Pan dans les dents ! Le résultat n’est pas très beau à voir.

Images tirées du site de l’université d’odontologie de Rennes

Ça a de quoi vous gâcher un sourire, n’est ce pas ? J’en vois malheureusement beaucoup (trop) en consultation.

Et je ne vous parle pas ici de tout le volet obésité infantile. Alors que le taux cumulé de surpoids et d’obésité chez les enfants en France hexagonale s’élève à 18%, ce même taux peut monter dans les collectivités d’outremer jusqu’à 34% !!

Le pire est que ces cochonneries sont présentées par les industriels comme des jus de fruits ! Comprenez « bon pour le santé »… Et dire que les jardins d’ici regorgent de beaux agrumes (mandarines, oranges, clémentines, pomélos, le choix ne manque pas), de délicieuses mangues, de juteux jacquiers, de tendres bananes et tant d’autres fruits naturels !…

 

Cette parenthèse (désespérante) close, revenons au sujet de notre petite sortie nocturne : le Bingo !

Installées autour de tables disposées en U dans une salle, des femmes enchaînent déjà les parties. L’ambiance est sérieuse, quasi-studieuse et la concentration maximale. Les numéros sont tirés et annoncés à une vitesse impressionnante. « vingt-quatre. petit deux (comprenez 2), cinquante-trois, collé-quatre (comprenez 44), petit trois (3 donc), dou-dou douze, soixante-neuf oulalal.., collé-huit (88), etc.. » L’annonce des dizaines est précédée de « apo », « apo-vingt » (20), « apo-quarante » (40), etc. Tout un rituel.

Un peu impressionnée, je n’ose au départ pas rentrer et me contente d’abord d’observer. Puis, je finis par me lancer. La participation est telle que la salle est pleine et je dois me satisfaire au début d’un bord de fenêtre. Oulalala !! C’est vrai qu’elles vont vite. Mais le pli est heureusement assez vite pris. Je me prends même de plus en plus au jeu. Et quand une place finit par se libérer en salle, je suis définitivement installée dans le jeu. Pour tout vous dire, j’y ai au final joué deux bonnes heures !

Pour ceux qui ne savent pas, le but du bingo est de terminer le premier sa grille, les cases se remplissant au grès des numéros aléatoirement tirés par la « Bouche » (autre « exotisme »), c’est à dire le meneur du jeu, celui (ou plutôt celle) qui tire les jetons. Le 1er à finir une ligne crie « Quine ! », puis en fonction des grilles on peut gagner une deuxième quine, et ensuite il faut compléter totalement la grille et crier « Bingo ! » Les grilles peuvent faire une ligne, deux lignes, quatre lignes, voir même 3 carrés de quatre lignes. On peut en acheter plusieurs à la fois pour maximiser ces chances. Les prix des grilles varient de 50 à 500 CFP (1euro=119CFP)  en fonction du nombre de lignes, et les gains des quines et du bingo varient en fonction du type de grilles en jeu. Pour exemple, pour une quine d’une petite grille j’ai récolté 1500 CFP (ce qui m’a permis de rejouer encore quelques parties et attiser mon addiction naissante). Certaines sont reparties avec des grosses couvertures, ou des cuiseurs à riz, ou des plantes, etc.

On comprend que la concentration puisse être intense et l’ambiance un peu tendue. A tel point que les gosses n’ont pour une fois pas intérêt à l’ouvrir au risque de se faire sèchement rabrouer.

C’est un peu le Casino local en plus convivial et sans les bruits incessants et horripilants des machines à sous. Attention à l’addiction !!

 

Même si l’ambiance était fin bonne et les parties prenantes, j’ai fini par abandonner sur le coup des 22h30 pour ne pas perdre la totalité des maigres gains gagnés et surtout parce que la fatigue m’embrouillait l’esprit et me faisait rater de précieuses annonces.

Bref, même si je ne suis pas devenue Crésus, j’ai pris plaisir à découvrir une des vraies institutions locales.

Allez tata.

One Response

  1. papou niçois

    Allez tata, ça a l’air amusant comme soirée.Et c’est vrai que les joueuses ont l’air très concentrées.
    La parenthèse sur les dents est impressionnante même quand on connaît un peu le sujet.
    Bises

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