La fameuse page du carnet

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Comme vous le savez surement, je participe à des visites scolaires – enfin, non ! vous ne le savez pas encore car je n’ai toujours pas créé le post détaillant l’organisation du dispensaire, ce qui ne saurait tarder.
Quoiqu’il en soit, donc, le dispensaire remplit ses obligations de prévention et de santé communautaire en examinant de façon systématique tous les enfants de moyenne section, de CP, de CE2 et de CM2 de la commune. Un total de 260 enfants pour l’ensemble de Houailou rien que pour ces classes là.

En gros de quoi s’agit-il ? De mesurer leur croissance staturo-pondérale, d’évaluer leur développement psychomoteur, de confirmer leur intégration sociale normale et de repérer précocement d’éventuels troubles divers pouvant impacter sur leur cursus scolaire. Heu… mais encore ?!! Il s’agit ni plus ni moins de remplir les pages 52, 56 et 66 des carnets de santé. Vous savez celles qu’on n’a jamais le temps de remplir en médecine libérale. Et ben oui ! Elles servent à ça ces fameuses pages. Et y a même des gens qui les remplissent.

Petit exemple IMG_8209de ces fameuses pages pour ceux qui n’ont (pas/plus/pas    encore) d’enfants et pour les parents distraits :

(les carnets de santé des petits calédoniens ne ressemblent pas tout à fait à ça,  mais je n’ai pas réussi à trouver d’exemples sur le net), mais le principe reste le  même)

 

Les infirmières passent d’abord le matin pour recueillir les données biométriques (poids, taille, IMC et dépistage de petits obèses), mesurer l’acuité visuelle et rechercher, via un p’tit, pipi protéines et sucres dans les urines. L’après-midi le médecin complète l’examen clinique : cœur, poumon, colonne, peau, otoscopie, sans oublier le délicieux moment de l’examen buco-dentaire (cf le post précédent pour mieux comprendre le sens de l’adjectif…). Avec l’infirmière, le médecin évalue aussi la psychomotricité : équilibre, préhension, graphie, lecture/ écriture en fonction de l’âge, comportement global. On essaie de faire parler l’enfant sur lui même. Sans oublier ce grand moment d’anthologie où tu expliques la physiologie des règles à des jeunes filles pré-pubères. Fous rires, pouffement et yeux interloqués au rendez-vous. Que du bonheur !

                                          

Autre petit moment de simagrée quand l’enfant doit enlever son T-shirt pour l’examen de la colonne et le dépistage précoce de la scoliose. On a moins de difficulté à examiner les testicules des petits garçons de moyenne section !…

Les données sont consignées dans de grands carnets dévolus au scolaire, par année, école, classe, ainsi que dans le « carnet scolaire » de l’enfant glissé dans son dossier médical du dispensaire. Il faut également bien sûr compléter les cases et encarts du carnet de santé personnel de l’enfant. Paperasserie, paperasserie…

Ci dessus, Véronique, l’infirmière référente PMI, en pleine action à l’école de Do Neva.

 

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Les visites scolaires me font toujours un peu penser à Caroline et ses amis en       vacances au camp du lac bleu, avec la visite de non-contre indication à la colonie   à leur arrivée. C’est presque autant le marathon. Car doivent être réalisés tout ce   qui a été sus-décrit, cela pour environ 10 à 13 gamins en seulement 2h ! (voir  même moins en fonction de l’éloignement de l’école). Du vrai abattage ! Faut    vraiment bien être  organisé avec son IDE si on veut vraiment faire les choses  bien.

Le risque est moins de passer à côté d’un trouble organique que d’un problème  social  (maltraitance, carence éducative, carence d’autorité…) ou des troubles des  apprentissages. C’est comme ça qu’on découvre que certains enfants ont des  caries car ils n’ont pas de brosse à dents ou la partagent avec la fratrie, que d’autres ne se lavent pas les dents car ils n’ont « pas envie et puis c’est tout ! » (le sale gosse en manque d’autorité et de limites), que d’autres enfants déchiffrent à peine les mots en CE2 voir en CM2. (On se demande sincèrement comment ces enfants ont pu franchir toutes les classes sans que cela n’inquiète personne…) Et tout à l’avenant. Bon, ce ne sont que des extrêmes, mais c’est assez édifiant et marquant.

Une des élèves infirmières au travail. /  A droite, notre mallette visite scolaire avec toise, balance, carnet suivi, otoscope, gants, feuilles, livres pour test de lecture, etc.

Ci dessous l’école de Nékoué avec cour de récréation donnant sur la brousse.

Ci dessous l’école de Mathilde et sa classe

La carte scolaire n’existe pas. Les parents peuvent inscrire les enfants dans l’école / le collège/ le lycée de leur choix, en fonction de leur confession protestant, catholique ou athée. Le caractère public ou privé peut aussi entrer en compte, même si les établissements privés sont le plus souvent à orientation religieuse. Les enfants peuvent ainsi être envoyés dans une autre ville pour le collège et entrer assez tôt à l’internat. Deux lycées professionnels existent à Houailou : un pour les filières sociales et aides à la personne, et un agricole dans l’enceinte de l’ancienne mission « Do Neva » fondée par l’évangéliste Maurice Leenhardt en 1902. Pour suivre une scolarité générale, les élèves doivent se rendre à Poindimié (1h20 au Nord de Houailou), ou Koné (3h sur l’autre côte) ou à Nouméa. Les enfants prennent donc très tôt l’habitude d’effectuer la navette entre l’internat la semaine et la tribu le week end.

Ci dessous l’école collège lycée Do Neva

Ci dessous l’école de Poro.

Ils existent encore les écoles de Coula et Gondé, celles de Ba, celle de Wani et celle de Nedivin. Au total, une dizaine de petites écoles disséminées sur toute la commune. Houailou est une des communes de la Province Nord qui possède le plus d’écoles.

En fait, les visites scolaires sont à double tranchant : très enrichissante car pleine de rencontres variées d’enfants débordants de vie, et en même temps très frustrante car chronométrée, marathonienne, ne permettant pas de « creuser » vraiment les situations souvent complexes de ces enfants.

Allez, ça sera tout pour aujourd’hui.

Tata bisous ou Gar̂a (comme on dit à Waa Wi Lûû)

2 Responses

  1. Lu à Mandouline, qui commente :  » C’est pas mal et cela évoque l’hygiène scolaire en France. C’est très bien de faire tout ça, c’est regrettable que ce ne soit pas pris au sérieux par la médecine libérale. »
    Souvenirs, souvenirs des écoles des Alpes-Maritimes, du Var et de l’Alsace….

  2. Coromines blandine

    Je confirme pour avoir pratique à Nice dans les années 80 moins longtemps et il y a moins longtemps que Mamec, c’était pas triste bises avous

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